Meurtres secrets
Dans cette ville, le meurtre ne rime plus avec effusion de sang. Nombreux sont les meurtres qui se produisent en silence, sous le regard d'autrui, au mépris de l'estime de soi, étouffant les rêves.
Dans cette ville, le meurtre ne rime plus avec effusion de sang. Nombreux sont les meurtres qui se produisent en silence, sous le regard d'autrui, au mépris de l'estime de soi, étouffant les rêves. On utilise moins les couteaux, on utilise les mots. Une insulte glaciale, un silence calculé, un après-midi perfide peuvent lentement anéantir une personne. Les meurtres secrets ne laissent aucun témoin. Les rapports de police ne consignent pas le nombre de fois où une personne s'est effondrée intérieurement en tentant de se convaincre. Les journaux ignorent combien de personnes meurent chaque jour en souriant. Certains meurtriers s'habillent avec une grande politesse, portent des fleurs et tiennent des discours moralisateurs. Ils ne tuent personne directement ; ils sapent lentement le courage, la confiance et la capacité de faire confiance au monde. Le poison le plus dangereux, à cette époque, est la fatigue mentale.
Les gens sont si épuisés
qu'ils oublient de protester.
Après ces meurtres invisibles,
la ville retrouve son calme
chaque soir.
Mais certains persistent,
avec une étrange obstination. Ils se tiennent près de la fenêtre brisée
et s'accrochent au dernier rayon de lumière,
car ils savent —
le plus grand pouvoir des ténèbres
est de tuer en silence,
et la plus grande rébellion de la lumière
est d'être encore en vie.
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