Les Lectures de Kalombo II : « Choix Goncourt RDC, mes notes »
Je vais donc parler des quatre livres en lice et de mes lectures, en attribuant à chacun des notes sur cinq. Ça sera des résumés très brefs, attendez-vous. Les romans en lice étaient les quatre finalistes du dernier Goncourt : « La Maison vide » de Laurent Mauvignier (Prix Goncourt 2025), « Le Bel Obscur » de Caroline Lamarche, « La Nuit au Cœur » de Natacha Appannah et « Kôlkhoze » d’Emmanuel Car
C’était une belle semaine du 15 avril 2026 à Kinshasa où nous sommes allés pour représenter Lubumbashi, Ruth Mulimbi (Fac Lettres / Bac 2) et moi (Fac Lettres / Master 2), à la délibération et la proclamation du Choix Goncourt RDC organisé par l’Ambassade de France en RDC. Ce, après cinq longs mois de lecture, de discussions, d’affirmations et de négations. Le Choix Goncourt est une déclinaison du Prix Goncourt ; contrairement à ce prix, décerné par les dix membres de l’Académie Goncourt, le Choix Goncourt est attribué par des étudiants ou des lycéens de différents pays après lecture des romans sélectionnés par l’Académie. C’était sa première édition en RDC.
Je vais donc parler des quatre livres en lice et de mes lectures, en attribuant à chacun des notes sur cinq. Ça sera des résumés très brefs, attendez-vous. Les romans en lice étaient les quatre finalistes du dernier Goncourt : « La Maison vide » de Laurent Mauvignier (Prix Goncourt 2025), « Le Bel Obscur » de Caroline Lamarche, « La Nuit au Cœur » de Natacha Appannah et « Kôlkhoze » d’Emmanuel Carrère.
« La Maison vide » de Laurent Mauvignier
Dans ce roman, le père du narrateur rouvre la maison familiale restée fermée pendant vingt années. A l’intérieur, se trouve des objets mystérieux : piano, des photographies, une médaille de la Légion d’Honneur qui constitue des traces ou des pistes d’une histoire à reconstituer, à inventer. A partir de ces vestiges, le narrateur – qui n’est pas à confondre avec l’auteur, enquête sur plusieurs générations de sa famille, surtout les femmes qui jouent un rôle très particulier dans ce texte.
Au court de ma lecture, ce qui m’a impressionné, c’est bien son écriture : poétique, envoûtante, jalonnée de longues phrases fluides et très travaillées, des incises, mais surtout un ennui terrible. L’auteur ne va pas vite, il va lentement, très lentement, on le croirait suspendu dans le temps. On est dans « La Recherche » mais un peu plus Mauvignierien, un peu plus contemporain. Mais l’ennui, porté par cette poésie, par cette écriture, est peut-être le point fort de ce livre. C’est l’écriture qui vous emballe, les longues phrases – qu’on trouve aussi dans « La plus sécrète mémoire des hommes » à quelques endroits et surtout dans « La Recherche » de Proust. Le texte tire sa force dans la suggestion, il suggère au lieu simplement de dire ; ce qui lui donne beaucoup de symbolismes.
Je lui donne une note de 4,5/5 pour plusieurs raisons en plus que je n’évoquerai pas ici.
« Le Bel Obscur » de Caroline Lamarche
Ce roman suit une femme qui enquête sur le destin d’un ancêtre effacé de l’histoire familiale, Edmond, un jeune ingénieur mort en 1862. Cette recherche fait remonter à la surface sa propre histoire : des années auparavant, son mari, son premier grand amour, lui a révélé son homosexualité. L’enquête généalogique et l’introspection personnelle s’entremêlent progressivement.
Un roman magistral tant dans l’écriture que dans la narration. La métaphore « filée » du buddleia présente explicitement et implicitement tout le long du texte, le talent poétique de l’auteur et surtout le mystère autour de cette photo d’Edmond. Ce roman m’a fait penser au « Bel immonde » de V.Y. Mudimbe, peut-être l’auteur y a puisé quelque chose. L’écriture de Lamarche est intime et délicate.
Je lui donne une note de 4/5
« La Nuit au Cœur » de Natacha Appannah
« La Nuit au cœur » est un roman sur le FEMINICIDE – il faut l’écrire en majuscule parce que le sujet est on ne peut plus actuel. Il s’agit des histoires de trois femmes confrontées à la violence conjugale de trois hommes : Chahinez Daoud, brûlée vive par son mari en France en 2021 ; Emma, cousine de l’autrice, assassinée par son mari à l’île Maurice en 2000 et Nathacha Appanah elle-même, qui raconte la relation d’emprise et de violence psychologique qu’elle a subie dans sa jeunesse. L’autrice, en écrivant un livre de « cœur » cherche à comprendre les mécanismes de l’emprise, de la domination, des violences et du féminicide. Elle se livre à un exercice difficile qui consiste à mêler enquêtes, témoignages et réflexions tout en ne se passant pas de la qualité littéraire du texte.
La force de ce récit réside dans cette originalité de savoir rapporter la violence, sans parfois la nommer. Elle se nomme d’elle-même. Et surtout d’embellir de fiction des récits originaux, des biographies existantes. La beauté des phrases, la simplicité et surtout la rapidité avec laquelle il se lit donne encore plus de tonus à ces histoires pourtant tristes. Et à la fin, on se pose mille questions parmi lesquelles : quelle est cette nuit au cœur ? N’est-ce pas nos nuits ordinaires qui, Dieu sait, peuvent devenir des nuits collées, gravées, à jamais !
Je lui donne une note de 4/5. Le choix pour le départager avec « Le Bel Obscur » a été rude !
« Kôlkhoze » d’Emmanuel Carrère
Kolkhoze est un récit autobiographique de l’auteur, il parle d’une histoire de sa famille : aristocrates russes et géorgiens, exilés de la Révolution russe, intellectuels, collaborateurs, résistants, migrants et survivants des bouleversements du XXè siècle. C’est le roman le plus politique de la liste – politique dans le sens populaire du terme.
Il est d’un tel ennui que je l’ai lu comme lecture-corvée. Ce que j’ai par contre aimé, c’est la simplicité avec laquelle l’auteur écrit et mêle plusieurs histoires qui se lient entre elles d’un bout à l’autre, même si visiblement ce sont des histoires disparates et fragmentées qui ne peuvent pas se lier. Je disais que le roman de Natacha Appannah était le plus actuel, bien sûr, mais celui-ci l’est aussi. Sans forcément prendre position, l’auteur livre une lecture de la guerre en Ukraine, qui est une guerre ayant ses sources et son appréhension dans l’Histoire. Il y a également le portrait de sa mère : sa relation avec lui et ses frères et sœur, d’où d’ailleurs est tiré l’expression « faire kolkhôze » qui donne son titre au livre.
Je lui donne une note de 2,5/5
Donc, voici par ordre mes notes :
1. « La Maison vide »
2. « Le Bel Obscur »
3. « La Nuit au cœur »
4. « Kôlkhoze »
PS : « La Nuit a cœur » a remporté le Choix Goncourt RDC avec 4 voix contre 3 de « La Maison Vide ».
article écrit en mai 2026.
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