Chronique de l’écrivain Maudit sur ce qu’il faut savoir de la Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa !
La clôture s'est faite en grande pompe avec l'annonce du palmarès de la 8e édition du Prix Littéraire Zamenga.
C'est officiel : le cirque de la Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa a tiré son rideau, laissant derrière lui des verres vides, des poignées de main entre ciel et terre et un écrivain Maudit légèrement plus fatigué, mais toujours effrontément vivant.
Et parlons-en, de cette vitrine d'apparat ! Tout ce remue-ménage littéraire s’est orchestré, comme il se doit surtout le deuxième jour pour le compte du Café Littéraire de Missy afin de présenter les nouveaux visages des editions Ma Plume aiguisée. Que du reste, nous allons bientôt décortiquer ! Inutile donc de le présenter, n'est-ce pas ? Il est désormais tellement célèbre et incontournable qu'on en parle jusqu'au fin fond du Paradis — où les anges abandonnent leurs harpes pour venir écouter nos palabres du vendredi.
Le Prix Zamenga ou l'insolence des inconnus
La clôture s'est faite en grande pompe avec l'annonce du palmarès de la 8e édition du Prix Littéraire Zamenga. Regardez-moi cette liste et la poésie de leurs titres (que votre Maudit dévoué s'est empressé de décortiquer) :
1. Emmanuel MUSA MBWISHA (Lubumbashi) – RÉPONSE, ENSEIGNANT DE LA PAIX
Un titre qui sonne comme un programme de l'UNESCO. Espérons que l'enseignement de la paix inclut une trêve avec la grammaire !
2. NARCISSE TSHEBE BALABEBE (Kinshasa) – La tasse inachevée
Sûrement l'histoire tragique d'un café laissé froid pendant qu'on cherchait une rime en "ée".
3. Giresse MULUMBA Mungier (Kinshasa) – Le procès de demain
Pourquoi attendre demain quand on peut se faire juger et condamner dès aujourd'hui par la critique ?
4. ABETCHA SOKA SALUMU (Lubumbashi) – Mongali, le chien de Mère Mado
Enfin un héros canin dans notre littérature ! Mongali a au moins le mérite de ne pas prétendre être un grand poète.
5. Kamwanga Guerschom Mwamba (Kolwezi) – Les assises
Idéal pour un public qui passe cinq heures assis à écouter des discours de clôture.
6. Sakina Kasongo (Kinshasa) – Les anges n’ont pas que des blouses blanches
Une révélation fracassante : ils ont aussi des stylos à bille et des manuscrits refusés ?
7. Itumba Ohoto Roxane (Kinshasa) – À tous nos jours
Et surtout à ceux qu'on a perdus à relire des épreuves d'imprimerie à trois heures du matin.
8. NGAKI Misoti François-David (Kinshasa) – La chute du prédateur
Une métaphore peine voilée sur le sort des égos surdimensionnés de notre scène littéraire.
9. Florence META (Kinshasa) – Le Marchand de Silences
Le commerce le plus rentable du siècle dans une ville où tout le monde ne fait que crier.
10. Benoit Odimba Lupange (Kinshasa) – De toutes les fleurs
Un brin de fraîcheur et de botanique au milieu de ce marasme de lettres.
Mettons immédiatement les pieds dans le plat. La vérité, c'est que la plupart de ces lauréats sont de parfaits inconnus. Et franchement, ce n'est pas normal : moi, l’écrivain Maudit, je devrais connaître absolument toutes les personnes qui écrivent bien dans ce pays ! Mais voilà, la littérature s'obstine à nous surprendre.
Ce qui me réjouit le plus, c’est le silence assourdissant des absents. Où sont passés nos fameux « nionsologues » en littérature ? Ces censeurs du dimanche, ces éternels critiqueurs de petits chemins, ces poètes autoproclamés des temps anciens et autres dramaturges nichés dans la cuisse de la fourmi ? Tous ces chasseurs extrémistes de faux poètes qui passent leur vie à hurler qu'ils détiennent le monopole du Beau n'ont même pas vu leurs noms murmurés à la 100e place ! Qui pour tuer le talent de l’Absence ?
Deux explications possibles : soit ils ont participé et ont écrit avec leurs pieds, soit ils ont participé et le jury n'a pu garder que dix textes sans s'encombrer de leurs égos. Qu'ils ne s'inquiètent pas trop, le panier circule encore : lobi ekoleka, lelo ! Kin ezobonga...
Échanges, théâtre et génie du slam
Au milieu du tumulte, votre humble Maudit a eu le privilège d'animer un croisement de regards captivant entre Steve Aganze (entre Kin et Bukavu), Philippe Marczewski notre invité d'honneur venu de Liège, et Pascal Boroto (de Bukavu). Entre goûts littéraires, projets d'avenir et évocation des lieux emblématiques de nos villes respectives, l'échange fut d'une richesse déconcertante. Nous avons aussi tendu le micro à M. Étienne Tshowa et sa « Chaîne du Livre », qui réussit l'exploit de vendre les livres des auteurs congolais en ligne avec des moyens de paiement locaux. Comme quoi, même au Congo, la culture peut trouver des tuyaux qui fonctionnent !
La Lecture-spectacle : Maudit soit-il
Sur le podium extérieur de l'Avenue de la Nation, la lecture-spectacle de « Maudit soit-il » de Christian Gombo par le collectif Les Inattendus promettait « audace poétique, ironie et critique sociale pour questionner les interdits ».
Mais le sommet du drame est revenu à la performance sur scène. Bishek s'est mis en tête d'incarner Maudit soit-il. Il a essayé d'être moi. Pauvre de lui : il est mort sur scène à la fin de sa performance ! Une fin tragique mais logique, car on ne joue pas le rôle d'un dieu impunément sans que le destin ne réclame son dû. Et que dire de sa « Chatte » enfin révélée au public ? Alors que tout le monde, avec sa perversion habituelle, s'attendait à d'autres spécimens anatomiques, c'est un félin bien réel qu'il nous a pondu. Chacun ses fantasmes, et que la République vive (ou pas) !
Le Concert-spectacle de slam & La performance magistrale
La jeunesse a ensuite pris le contrôle du micro sous le thème « Poésie urbaine, rythmes et vérités : la jeunesse slamme la mémoire et l’avenir ». Et là, mesdames et messieurs, nous avons assisté à une performance poétique tout simplement magistrale avec la Constellation Minzoto et surtout un certain Obed BOSSA pour le micro ouvert.
Rendons à César ce qui appartient à la poésie : le génie et la classe d'Obed Bossa ont littéralement éclaboussé toute l’assistance ! Un talent pur, une prestance insolente. Mon seul souhait pour lui (et c'est le vœu le plus sincère d'un homme d'expérience) : qu'il ne perde jamais son pénis comme l'écrivain Maudit. Croyez-moi sur parole, c'est la pire des choses qui puisse arriver à un homme, qu'il soit mort ou vivant !
La nouvelle garde : Éditions « Ma Plume Aiguisée »
Pour le compte du Café Littéraire de Missy, j'ai eu l'honneur d'animer la présentation croisée des nouveaux visages de la littérature congolaise aux éditions Ma Plume Aiguisée sous le thème ronflant : « Émergence et diversité des voix : la nouvelle garde de la littérature congolaise face aux défis du siècle ».
Voici la brochette d'auteurs et de titres que votre Maudit a disséqués :
Alice Sakina – Idylle obsidienne
Une idylle sombre et vitrifiée. Espérons que l'amour y soit aussi solide que la roche volcanique, sinon les dégâts seront irréparables.
Victoria Ndaka – Un interdit retour
Le genre de livre qu'on écrit quand on a promis de ne plus jamais revenir mais qu'on a oublié son chargeur de téléphone.
Aaron Ndenge – Poèmes de l’âme et du temps
L'âme et le temps... Au moins, si l'âme s'égare, le temps permettra de compter les heures passées à lire ces vers.
Jessica Modua Mabiki – Entre ombres et lumières
Le titre parfait pour ne pas se mouiller. Ni tout à fait bon, ni tout à fait mauvais, juste au milieu de l'interrupteur.
Marleine Kenny Ekanga – Les fables de Marleine Kenny Ekanga
L’idiot de Christian Gombo devenu agent de l’Etat n'a qu'à bien se tenir. Les animaux de la faune et autres objets ont désormais leur propre avocate ! Azui ! La nature a horreur du vice. Pardon - Du vide !
Jovitha Songwa – Jo, Betela nga lisolo !
Des contes aussi pour faire jouir la vue et les oreilles ! Tenez-vous donc bien seulement. Efficacité garantie.
Ketsia Mavinga – Kodjo et le Trésor de la Forêt
Une quête au cœur de la jungle. Souhaitons à Kodjo de trouver le trésor avant que la déforestation ou la critique littéraire ne s'en charge.
La rentrée est finie, les projecteurs s'éteignent. Rendez-vous au prochain chapitre pour voir qui survivra à la prochaine vague d'encre et de sarcasme !
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