Chroniques à deux mains, c’est pour cela qu’il faut en avoir trois au moins : Politique Culturelle Nationale : Le jour où l’État congolais a enfin découvert que la culture ne poussait pas sur les arbres
Dieu verra ! Et d'ici là, chers artistes, félicitations : vous êtes désormais officiellement reconnus par la loi. Si avec ça vous n'arrivez pas à payer votre course Magasin-Bandal, c'est vraiment que vous n'y mettez pas du vôtre !
Nous y étions ! Oui, chers compatriotes, n'en déplaise aux sceptiques et aux esprits chagrins, nous étions présents à ce rendez-vous historique avec l'Histoire (avec un grand H, s'il vous plaît). Parce que soyons honnêtes : quand nous le disions dans les couloirs feutrés des ministères, personne ne voulait nous croire. Personne !
Pendant des décennies, ce pays béni des dieux, plus grand que l'Europe occidentale réunie, fonctionnait dans un paradoxe saisissant : nous avions des artistes capables de faire danser la planète entière, mais zéro politique culturelle. Rien. Le vide intersidéral. Le vide. Un vide qui ne s’écrit.
Aujourd'hui, l'an de grâce 2025/2026 marque enfin la fin du Far West créatif ! Fini donc la récréation et tolérance zéro. La Politique Culturelle Nationale est là. C’est notre Bible, notre Constitution des Arts ! C'est la fondation en béton armé sur laquelle chaque discipline va enfin pouvoir s'élever pour quitter l'enfer de l'informel et entrer dans la lumière de la légalité administrative ! Même Kabila ne l’a pas vu venir. Raison de plus : il doit partir. Il ne mérite pas ce pays. Surtout qu’il a pris les armes avec ses anciens ennemis pour combattre le pays que ses ennemis n’aiment pas pourtant. Bizarre non ?
Bon bref ! Désormais, l'artiste congolais n'est plus un vagabond avec un pinceau ou une guitare : il a un statut social. L'État le reconnaît ! L'État le salue ! L'État lui donne des textes !
[L’Écrivain Maudit, au fond de la salle, les bras croisés, ricanant sans sa barbe avec ses couilles toujours en or massif ]
Attends, attends... Respire, Christian. Calme ta tension artérielle administrative.
Maudite soit cette manie de sortir les trompettes dès qu'un tampon en encre bleue touche une feuille de papier de 80 grammes ! Oui, Maudit était là aussi. Pas sur l'invitation officielle avec le logo du Ministère et de l'UNESCO — faut pas exagérer —, mais dans l'esprit du texte, au fond de la salle, près du buffet où les viennoiseries ont disparu en exactement quatre minutes trente-deux.
"Plus de vide juridique", tu dis ? Ah ! Quelle douce poésie d'énarque ! Les mauvaises langues — dont je fais partie avec une fierté assumée — ne manqueront pas de murmurer : « Ah bon ? Tout ça pour un cahier de bonnes intentions ? Et on mange quoi ce soir ? »
Mais répondons-leur avec la sagesse ancestrale qui nous anime quand le loyer est payé : « Mes chers amis, si c’était si facile de pondre ce bout de papier, pourquoi avons-nous mis soixante ans à l'accoucher, alors même que nous possédons plus d'experts nationaux et d'internationaux au kilomètre carré que de cabris à Bandal ? »
[Le Directeur, reprenant le dessus avec gravité]
Trêve de persiflage, Maudit ! Ne gâche pas ce moment républicain ! Pour la toute première fois en République Démocratique du Congo, notre pays se dote d'un cadre légal pour encadrer, orienter et accompagner les acteurs culturels. Ce n'est pas rien !
Alors évidemment, un texte, aussi magnifique soit-il, reste une abstraction d'encre noire sur fond blanc. Il ne doit pas devenir un fossile rangé dans un tiroir de bureau de classe B à la Gombe. Il doit prendre vie ! Il doit irriguer le quotidien de nos créateurs. Il doit vibrer dans les décisions de l'administration, dans le budget de l'État, dans les guichets de financement !
C'est pour cela qu'en tant que haut fonctionnaire de l'État — et je le dis la tête haute —, je me réjouis d'avoir été le témoin de cette avancée. Le 8 mai 2025 a posé la pierre, et l'Atelier de vulgarisation d'octobre 2026 au Musée National vient enfoncer le clou. Maintenant, le ballon est dans notre camp : à nous, administration et créateurs, de nous en approprier et d'inculquer la vie à ces lignes de droit !
[L’Écrivain Maudit, allumant une cigarette imaginaire]
Amen, Monsieur le Directeur. C'était un très beau discours. J'ai failli en verser une larme sur mon manuscrit jamais publié.
Mais soyons réalistes deux secondes : donner à la culture un cadre à la hauteur de ce pays, c’est comme essayer de faire entrer le fleuve Congo dans un verre à eau plastifié. Le cadre est là, d'accord. Il est beau, il a de belles couleurs pastel sur l'affiche avec des musiciens tout souriants avec l’accompagnement technique de l'UNESCO. Mais sur le macadam de Kinshasa, le poète continue de prendre le wewa avec deux mille francs volés au diable, et le peintre continue d'acheter ses pinceaux à crédit.
Alors oui, nous avons un statut. Sur papier, je suis un "Acteur Culturel Agréé". Dans la vraie vie, le bailleur s'en fout royalement de mon statut social quand le terme du mois arrive.
Néanmoins... (parce qu'il faut bien avouer qu'au fond de mon cœur de boudeur, il reste une étincelle de naïveté), pour une fois, le pays a fait un pas en avant au lieu de faire trois pas de claudication en arrière. On ne va pas cracher dans la soupe, surtout si elle est servie lors d'un atelier technique au Musée National.
On a le cadre. On a la bête. Reste maintenant à savoir si l'administration va le nourrir ou si elle va s'en servir comme presse-papier.
En attendant... Dieu verra ! Et d'ici là, chers artistes, félicitations : vous êtes désormais officiellement reconnus par la loi. Si avec ça vous n'arrivez pas à payer votre course Magasin-Bandal, c'est vraiment que vous n'y mettez pas du vôtre !
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