Chronique du marché du livre : quand l’okapi se déguise en livre congolais !

0 93 25 Oct 26 Introduction

Comme d’habitude à Kinshasa, nous attendions du monde.

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C’était une belle journée. Mais vraiment belle, pas une de ces journées hypocrites où le soleil kinois vous cuit le cerveau sans préavis. Non ! Une journée lumineuse où, sur une table s’étendant à perte de vue, s'entassaient des tas de livres en vie, nés de la plume et des tripes d'écrivains congolais qui donnaient franchement envie.Ah, Mokili na poche ! Lieu mystique, lieu mythique, véritable temple de la débrouille artistique sur l'avenue Maduda qui sait trop bien faire vivre la littérature et tous les autres arts dansant sur place avec des certitudes divines !   Comme d’habitude à Kinshasa, nous attendions du monde. Mais pas juste trois ou quatre curieux venus pour le jus gratuit - y en avait même pas, lokuta mabe : le monde entier devait venir voir ! Parce qu’ici, le monde est dans une poche ; la poche de nos cerveaux, la poche de nos âmes affamées de récits. C’est pour cela que nous ne remercierons jamais assez la Bibliothèque Kongo, Naviprojects, le Collectif Les Inattendus, La librairie Group Z et  Zukaa pour avoir transformé cette journée dédiée au World Okapi Day en une journée-opportunité d’exposer et de vendre uniquement des livres d’auteurs d’ici. Le tout sous la bénédiction du superbe visuel estampillé du logo du doyen Bathy Asimba, que nous saluons avec toute la vigueur de notre foi en ce pays et en sa littérature. Car oui, les choses avancent... Lobi ekoleka lelo !   Pour orchestrer ce joyeux bordel littéraire, il fallait un modérateur. On a donc commis l'erreur de prendre l’Écrivain Maudit. Ce n’était franchement pas facile pour lui (donc pour moi) : imaginez le grand écart mental ! Tantôt je dois me rappeler avec gravité que je suis devenu — du moins par une de mes nombreuses facettes — un « haut fonctionnaire de l’État » en veste fermée, et la seconde d'après, je dois balancer des vannes pour réveiller la salle ! Mais l’essentiel, c’est que cet Okapi Day s’est marié à merveille avec un Book Congolese Day. Et nous y croyons... aussi longtemps que nous banderons ! Bon, c’est vrai que j’aurais pu trouver une métaphore plus académique ou plus administrative, mais avouons-le : bander pour la culture, c’est quand même mieux que de brader nos textes pour des clopinettes !   Premier Panel : Du conte chou aux poèmes qui giffent.

Au programme : une table-monde garnie de l’essentiel de la production congolaise contemporaine.Pour ouvrir le bal, Marleine Kenny (auteure des Fables de Marleine Kenny) nous a lu deux merveilleux contes avec sa personnalité pétillante et sa touche artistique bien à elle. Entre nous : Christian Gombo et ses propres fables peuvent aller prendre une retraite anticipée au village et se reposer tranquillement. La relève est assurée, et bien assurée ! C’était si chou, si chouette, qu'on aurait presque oublié la dureté du macadam kinois.Ensuite, Aaron Ndenge, comédien et lecteur habituel de la troupe Les Inattendus, nous a asséné PEL (Patrice Émery Lumumba), un poème d’une puissance volcanique tiré du livre d’Élodie Ngalaka — Ngalaka la Belgicaine. Aaron, avec sa verve et sa force de slameur, a littéralement secoué les chaises.Et pour clore cette première partie, la grande Victoria Massamba nous a fait l’immense honneur de lire l’entièreté de sa nouvelle, Interdit retour. Un livre qui se vend actuellement comme des petits pains chauds à Kinshasa ! Un immense succès commercial, mais surtout un texte majeur (qui avait glané la deuxième place en 2010 lors du concours de la Délégation de l'Union Européenne en RDC sur plus de 80 textes proposés).Mais vous connaissez la maison : on ne laisse pas les auteurs filer comme ça dans la nature. Ils ont dû repasser sur le gril pour nous dévoiler leurs projets futurs et nous contaminer avec leur envie d'écrire.

Deuxième Panel : Larmes retenues, gifles littéraires et réconciliation

Le deuxième panel a réceptionné Jessica Modua, représentante et éditrice chez Naviprojects, qui a lu un extrait marquant de sa publication Entre ombres et lumières. Elle a failli nous voler nos larmes ! Heureusement que certains avaient prévu des mouchoirs jetables. Quant aux durs à cuire comme nous autres, ceux qui prétendent ne jamais pleurer, nous avons réussi à sauver les meubles en rougissant simplement des yeux devant la profondeur de sa lecture. Et au nom de Julie Ilondo, nous avons offert plusieurs livres aux jeunes lecteurs sur place " A la rencontre de l’okapi". 

Puis est venu LE grand moment. L’heure était grave, chers amis. Car l’Écrivain Maudit que je suis devait lire. Et c’était ma toute première lecture publique ! Quelle chance inouïe pour l’assistance présente ! Quant à ceux qui n’étaient pas là... vous avez tout raté, tout simplement. Allez prier pendant mille ans à l'église du réveil la plus proche pour essayer de rattraper les bénédictions littéraires que vous avez manquées !N'aimant que les textes "mangeurs de laideurs" — car mes goûts sont dégoûts du vide —, j’ai choisi de lire un extrait sur ma chère commune de Bandalungwa, rendu avec une maestria absolue par l’écrivain Muda Maxana dans ses Chroniques de la ville. Waouh ! C’est le genre d'écrivain qui ne vous caresse pas dans le sens du poil : il vous gifle littéralement avec ses mots ! Que Dieu bénisse cet homme, pardon !J’ai achevé mon passage en lisant un court extrait de mon propre texte Mémoire d’un Mur — œuvre qui sera très bientôt présentée en grande pompe lors de la caravane nationale du Père Noël LAESH, rassemblant cette année des pointures comme Reinette Mulonda, Chancel Kapalang, Emmanuel Mabondo, Johan Mulenda, Kash, Missy Bangala, Brunel Lungambu, et une armée d'autres auteurs qui vont officialiser leur participation à ce grand projet solidaire de fin d'année... Bref, ménageons le suspense !Pour finir, la verve poétique de Ya Mzee nous a emportés sous la lecture d'un texte de Pat Le Gourou (Mokitani), apportant une vague de douceur pour clore cette journée où nous avons offert nos voix pour faire honneur à la littérature congolaise. Enfin, Aaron Ndenge et Queline Kikara nous ont transportés dans les nuages avec une lecture à deux voix du magnifique texte d’Alice Sakina, Idylle obsidionale.En conclusion : Eh oui ! Nous avons lu, nous avons bu, nous avons acheté congolais, et nous espérons de tout cœur que ce mouvement ne s’arrêtera pas là. La littérature congolaise est vivante, elle a de la poigne, et elle vous salue bien !

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Image de profile de Tomokwabini, rédacteur(trice) sur le site de Kiosque Littéraire.

Tomokwabini

Tomokwabini ou Christian Gombo ou Le Sage ou L'Ecrivain Maudit ou Monsieur le Juste est un écrivain congolais.

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