Chronique de l’Écrivain Maudit : Un week-end dans les bras du bruit et de la nuit
La littérature, ce n’est pas un sprint. C’est un peu comme la vie : un marathon interminable où la plupart d'entre nous s'essoufflent dès le premier kilomètre. Même si, après tout, chacun dira bien ce qu’il veut — je n’en sais absolument rien !
La littérature, ce n’est pas un sprint. C’est un peu comme la vie : un marathon interminable où la plupart d'entre nous s'essoufflent dès le premier kilomètre. Même si, après tout, chacun dira bien ce qu’il veut — je n’en sais absolument rien !La littérature, ce n’est pas un sprint. C’est un peu comme la vie : un marathon interminable où la plupart d'entre nous s'essoufflent dès le premier kilomètre. Même si, après tout, chacun dira bien ce qu’il veut — je n’en sais absolument rien !
Continuons donc sur cette idée de départ. C’était beau à dire pour moi seul, et je l’ai dit. Pour le reste, qu’on la compare à un sprint, un marathon ou un film X bas de gamme, la vie reste et restera une garce : aussitôt qu’on la quitte ou qu’elle nous quitte, la voilà déjà dans le lit d'un nouveau venu. Soit !
Pour ma part — et ne prenez surtout pas la peine de me croire sur parole —, si j’avais la moindre clé pour réussir dans ce métier d'écrivain ou dans la vie, je ne serais certainement pas en train de gâcher mon encre pour de la littérature. Je serais occupé à boire et à forniquer avec l’idée du vide qui me hante si bien. Ouf ! Je ressens enfin La Nausée ! Sacré Sartre, toujours là pour gâcher une bonne indigestion.
Quoi qu’il en soit… Ici, point besoin de rapidité ! Ce qui compte, c’est l’endurance. Et ce marathon, je le cours (ou plutôt je le traîne lamentablement). Oui, moi, Christian Gombo Tomokwabini, alias Sheva, fils du Soleil béni et petit-fils de Dieu le Père, je suis bel et bien engagé dans cette course absurde. Et follement enragé à l’idée que ma troisième jambe finira par sentir le froid éternel de la tombe. Quel odieux gaspillage de matière première ! Mais nous n’en sommes pas encore là. Tant qu’il y a l’avis — l’avis de Dieu, donc —, il y a de l’espoir…
Que mon imposant abdomen ne vous perturbe pas ! Ne court pas ici qui peut, mais qui veut. Et puis, trimballer un ventre aussi généreusement garni est une stratégie de survie hors pair pour aborder les temps de vaches maigres. Stocker de la graisse, c’est s'offrir le luxe souverain de vivre en avance sur ses réserves nutritionnelles dans le grand rêve de la Beauté. Bref ! Trêve de divagations et de bavardages inutilement gras.
Premier volet : Le Méga-Vernissage de Maplume Aiguisée
Vous n’êtes pas venus, vous avez donc tout raté. Et après, vous allez vous croire « bénis ». Mawa !
Ma part de ce marathon-passion a commencé en matinée. Mon « forfait passion » pour les belles lettres n’étant pas encore totalement épuisé — ou n'ayant pas encore été résilié pour défaut flagrant de rentabilité —, je me suis retrouvé à modérer la présentation de trois nouvelles plumes ayant signé aux éditions Maplume Aiguisée.
On ne remerciera jamais assez Mme Élodie Ngalaka, écrivaine, poétesse et épouse par excellence de M. Guy Tshibasu — un homme admirable qui n'existe sur cette terre que pour faire le bonheur des ivrognes distingués que nous sommes grâce à la Cîmpè nationale. Le Chef de l’État devrait d'ailleurs user de son pouvoir très, très discrétionnaire pour élever la Cîmpè au rang de liqueur nationale, que tout Congolais adulte, de père ou de mère, devrait être contraint d'ingurgiter de force… et surtout de son plein gré dès l'âge de raison !
C'est donc au Ministère de la Culture, des Arts et du Patrimoine qu’Élodie Ngalaka a baptisé les ouvrages de nos trois victimes… pardon, de nos trois nouveaux auteurs :
* Hindrick Luzolo avec Le Poids du sang.
* Divine Kinkela Lina avec Acha, l’élue du Kongo.
* Akhenaton Mwenabantu avec Le chaînon manquant - Éveil.
Petite pause pipi sur les titres :
Regardez-moi cette magnifique progression dramatique ! Entre Le Poids du sang d'Hindrick (de quoi vous donner des envies de bilan sanguin d'urgence), Acha, l'élue du Kongo de Divine (parce qu'il fallait bien une élue pour se casser le dos sous tout ce poids ancestral), et Le Chaînon manquant d'Akhenaton… Je me demande si le chaînon manquant n'est pas tout simplement le bon sens, perdu le jour où nous avons tous décidé d'écrire des livres au lieu de vendre des parcelles ou d'élever des rats.
Deuxième volet : La conférence de l'expert en naufrages
Ma vie n’est pas si passionnante, je ne le répéterai jamais assez, mais il y a des gens qui passent leur temps à me scanner sous toutes les coutures en y investissant temps et argent. Eh Saigneurs ! Je vous ai fait quoi, à la fin ?
Puis le soir est venu, et avec lui la nuit. Christian Gombo Tomokwabini — devenu entre-temps Sage autoproclamé et toujours Écrivain Maudit — devait animer un webinaire littéraire en ligne sur le thème hautement ironique : « Comment réussir sa carrière littéraire ? »
À part avoir réussi à faire prospérer mon bidet abdominal avec une constance remarquable, force est de constater que, littérairement parlant, Christian Gombo et ses multiples avatars ne sont pas trop à plaindre. Je prospère en littérature à la même vitesse que mon tour de taille s'élargit.
Mes prétendus secrets ?
* L'identification (parfois aveugle) de son talent ;
* L'investissement sur son capital humain (beaucoup de lectures, très peu de sommeil) ;
* La chance inouïe d'être entouré par d'excellents éditeurs (Nzoi, Mabiki, Afrik'a et Les Lettres Mouchetées) ;
* Et une confiance en soi totalement déplacée, sans laquelle même le Bon Dieu n'aurait jamais osé prétendre bâtir le monde en six jours.
Un grand merci au groupe Le Langage de la Plume pour cet honneur. Même si, soyons honnêtes : ce qui a fonctionné pour moi ne marchera absolument pas pour vous. Ainsi va la vie : on réussit sur un malentendu, ou on crève dans l’anonymat.
Troisième volet : Le Prix Émilie-Flore Faignond (Édition 2026)
Passons aux choses sérieuses : le Prix Émilie-Flore Faignond ! Qui pour succéder à Marc Kanyinda, lui-même successeur d’Elvis Tambua, qui avait lui-même succédé à Soraya Odia ?
Direction l'Espace Culturel VIK (Lounge Bar artistique de la Gombe). Pas en tant que Directeur ! Non. Ni en tant que libraire ! Non plus. Pas même en tant que simple lecteur ! Mais en tant que bénévole passionné — et surtout en tant qu'ancien deuxième de ce grand Prix (avec un P majuscule, suivez bien mon regard), flanqué du titre honorifique d'« Ambassadeur du livre » pour ma maîtrise exceptionnelle de la langue. Oui, je ne tourne ma langue sept fois dans ma bouche que pour mieux aller lécher les pustules du soleil… Bref, quittons ces divagations solaires et sans salaire pour revenir au déroulement de la cérémonie :
* Ouverture : Mualu Muela ouvre le bal et présente le cadre chaleureux de l'Espace VIK.
* Animation : Tiguy Elebe, fidèle à lui-même, détend l'atmosphère avec sa verve habituelle avant d'inviter Benjamin Masiya et le collectif Tetra.
* Interventions : Discours d'encouragement de l’Ambassadeur honoraire Marcel Mulumba, suivi du mot d'Andréa Moloto adressé aux nominés.
* Pause lecture : Des extraits savoureux portés par les voix captivantes de Pauline Kabangu, Ketsia Mavinga (Les histoires rencontrées à raconter), Brigitte Inonga, Sam Zola (La nuit qui durera une éternité), Élodie Ngalaka (La dague d’Abel) et Bob Sinidié, le tout enveloppé par la musique envoûtante de Mzee Sire.
Le Coup de Théâtre & L'Annonce des Lauréats
Coup d’arrêt ! Pierrette Bemba Mbombo monte sur scène pour proclamer le grand vainqueur.
Et le Lauréat du Prix Émilie-Flore Faignond 2026 est, sans surprise pour moi, le seul vrai Maudit de la République : Steve AGANZE ! Félicitations à lui. Son roman est excellent, dévoré d’une traite (notre chronique suivra). Et personne ne saura jamais que je suis sans doute le seul cinglé à avoir lu l'intégralité des livres de tous les finalistes. Pourquoi ? Ki kucha certainement !
Le Coup de Cœur du Jury revient cette année à Bob Sinidié (j’espère que ça ne va pas faire exploser son rythme cardiaque). Saluons aussi l'hommage vibrant du comité de lecture Bookutani à N’Anza Tata.
Deuxième séquence & performances
Les prestations s'enchaînent : Andréa Moloto, Milelo, Rufus Mata, soutenus par la performance de Win Art. Marc Kanyinda remet en lumière N’anza Tata avec J’enverrai à Dieu tous les coupables, tandis qu'Hervey Ngoma nous fait revivre Jonathan Elenga avec La valse des tabous. Joël Matondo, en maestro du Collectif Les Inattendus, lit un extrait de J’ai épousé une religieuse d'Alexis Kant.
Après la performance scénique de Win Art Sangu, l’accompagnement musical d'Hindrick Luzolo et Mzee Sire, Dorcas Tidi ravive Ceux qu’on ne sauvera pas de Myra Dunoyer Vahighene, puis Rodanyme Lulengo et Aaron Ndenge bondissent sur Ajabu, le texte percutant de Noella Katham.
S'ensuivent la présentation du trophée officiel, l'introduction des membres du jury par Élodie Ngalaka et Sylvie Tshibasu, puis la clôture magistrale avec le collectif Tetra et Benjamin Masiya.
Épilogue : L'art du repos et l'ombre des disparus
Et enfin… je peux m’écrouler.
Demain, le dur labeur du sommeil m’attend. Vous l’aurez compris, je suis un fervent disciple de Franz Kafka, particulièrement de cette maxime tirée de La Métamorphose :
> « À force de se lever tôt, on devient complètement stupide. L'être humain a besoin de son sommeil. »
>
Je vais donc dormir. Très profondément.
Mais avant de fermer les yeux, mes pensées vont vers Maman Colette, qui s’est si tendrement occupée de moi quand j’étais tout petit. Sœur de mon père, elle a été un pilier inébranlable pour lui et une seconde mère pour moi. Elle nous a quittés récemment, et il m'était impossible de ne pas consacrer quelques lignes à cette femme extraordinaire. Cette chronique est aussi mon humble manière de lui saluer la mémoire.
Pour le reste… après le réveil et la lecture, je repenserai aux gens que j’aime. Quant à ceux qui ne m’aiment pas et qui passent le plus clair de leur précieux temps à chercher des poux sur mon crâne rasé : bonne chance à vous ! Un jour, peut-être, vous embrasserez vous aussi la malédiction. En attendant, je continue de me battre dans ce bas monde pour porter, à moi tout seul, la charmante poisse de l’univers… avec de gros bisous à mon Congo entier : mes deux magnifiques filles !
Powered by Froala Editor