La cité souterraine

0 45 16 Mars 26 Introduction

Un jeune orphelin s’aventure dans une mystérieuse cité souterraine à la recherche de ses parents disparus, mais au moment où il croit enfin les retrouver, il se réveille brusquement de ce rêve troublant.

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Dieudonné Sumbu photographie

Les échos de sa voix volaient jusqu'à palper l'infini du couloir, mais aucun hurlement ne retentissait après eux. En dépit du silence persistant, ses vains qui-vive n'importèrent pas à dissoudre son hardiesse, il laissa pour une autre fois sa voix résonner dans le néant. Mais indifféremment des premières tentatives, celle-ci aussi n'accoucha qu'un poids de silence stérile.

Le corridor brumeux semblait sans issue, mais il avançait pas après pas dans cette longueur étroite. Cependant, après la cataracte d'un flot de temps, semblait-il, qu'il arriva à la primeur d'une descente. La grotte devenait de plus en plus sombre, tellement sombre que l'obscurité lui fit douter d'aveuglement. Les rayons timides des pierres perdaient leurs éclats dans cet espace incolore, le profond silence devenait un vacarme à ses oreilles, et l'hiver de la peur commençait à givrer son cœur solitaire.

Pendant qu'il descendait sans halte le long des escaliers du gouffre, dans le sous-sol de cet obscur souterrain, il aperçut au loin, sur un tertre funéraire, un cierge dont les éclats fugitifs se dissipaient paisiblement dans leurs dernières agonies. Stupéfié et effrayé, abasourdi à l'aspect de cet autel mortuaire, il tricota à pas lourds vers ce sarcophage qui, vraisemblablement, n'avait pas été visité depuis une dizaine de décennies. Grelottant d'effroi, tremblotant de froid, sa chair se métamorphosait en une peau de galline, et le frisson hérissant le décontenançait.

Son approche craintive lui garantit néanmoins une accession vers son but. Là, à sa droite, des coupes de sang étaient superposées les unes sur les autres, et le sang y était fluide depuis le vide des couvertures. Il y avait là un autre autel couvert d'un suaire blanc, mais dont la blancheur commençait à tirer sur du jaunâtre. Là-bas dormaient les cheveux et les os des anciens enquêteurs, tandis que dans l'autre coin sombre du rocher se trouvait un cercueil en argile. Il arriva à quelques centimètres de la lueur, et quand il tendit sa main afin de saisir le chandelier, la lumière s'éteignit.

Son cœur bringuebalait de peur dans ce désarroi, lorsque de l'invisible sortit la voix d'une vieille femme.

- D'où viens-tu ! Et qu'es-tu venu faire ici ? Jeune enfant.

Sur-le-champ, il fut saisi du bégaiement, et d'une voix balbutiante il bredouilla :

- Du-du-du... du village des omis, aux pieds de la vallée, la devise à l'orée de la caverne m'a persuadé qu'ici, je retrouverai mes amis, mes proches, ainsi que mes père et mère, naguère décédés.

Sur l'heure, un tumulte de sanglots saignants éclata depuis le cercueil vide du coin, après quoi un silence muet se réinstalla, et cette fois-ci, ce fut la voix d'un vieillard qui vint anéantir celui-ci, en interrogeant nouvellement le petit orphelin.

- Qui es-tu ? Et quel âge as-tu ?

- René-Arthur LABOUE, répliqua le gamin. En réalité je... je ne connais pas mon âge. Il y a une devise griffée dans les pierres juste au seuil du couloir, elle m'a attaché l'espoir de revoir ici mes disparus, et-et... et désespérément, je suis entré.

Aussitôt, une muraille verrière aussi gigantesque que le Toit du Monde s'éleva au-devant de lui. À travers le miroir apparut une jeune demoiselle de charmes tant attrayants qu'on croirait la réincarnation de Néfertiti. Elle portait à sa tête un long feuillage brun qui pleuvait de ses épaules jusque vers sa petite poitrine. Elle prenait dans ses bras un tout petit nourrisson, qui tenait tendrement les joyaux de la chaîne qui entourait le cou de sa mère. Derrière cette angélique se tenait Charles LABOUE, en effet ; le seigneur qui suicida son célibat. Tous deux ballottèrent les mains vers Arthur et lui firent un signe de salutation décoré de sourires légèrement tendres.

Papa ! Maman ! s'exclama le pauvre fils solitaire en se jetant corps à terre, et de là, il gémit. Il gémit, il gémit inconsolablement.

Ses soupirs insatiables poignardèrent de grosses blessures les cœurs compatissants de ses chères sources, des vagues et des torrents de sang de douleur.

- Arthur ! cria Mathilde, de joues mouillées par deux lugubres chemins de larmes amères.

- Donne-lui la chaîne, qu'il nous rejoigne ! intervint le père tristement.

Sous l'ordre de son prince charmant, elle ôta la chaîne d'anneaux de son cou sans une seule étincelle d'hésitation.

Ses mains dotées de divines caresses percèrent le miroir, elle tendit les anneaux à son fils. Lorsque celui-ci déployait sa main pour récupérer les clés de cette cité souterraine, son oncle le saisit promptement du somnambulisme :

- Ce n'est plus l'heure de continuer à rêver, Arthur !


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