Bor ayende mbari (réponse à Ciao et fin)
Une bière personnifiée raille son buveur devenu père et affirme avec ironie qu’il reviendra inévitablement vers elle, car la soif et le houblon n’oublient jamais.
Mon pauvre ami,
J’ai bien reçu ta bafouille mélancolique entre deux rinçages de fûts. Tu me quittes ? Quelle audace ! Tu parles de responsabilités et de lait tiède comme on annonce une entrée dans les ordres. Laisse-moi rire (ce qui, pour une boisson gazeuse, ressemble plutôt à un débordement de mousse).
Tu penses m’oublier pour des purées de brocolis ? Tu penses que ton nouveau rôle de patriarche en charentaises suffira à étancher ta soif d’absolu ? Naïf que tu es. Je t'ai vu, durant des années, chercher la vérité au fond de mes verres ; ce n'est pas un petit humain de cinquante centimètres qui va changer ta nature profonde.
Sache que je ne suis pas jalouse, je suis patiente. Pendant que tu lameras des tisanes d'allaitement avec ta tendre moitié et que tu compteras les minutes entre deux biberons, je serai là, au frais, impassible. Je serai dans le frigo du voisin lors de tes soirées barbecues. Je serai sur les terrasses que tu frôleras d'un pas pressé en poussant ton carrosse de plastique.
Et un soir… un soir de fatigue extrême, quand le petit aura décidé de tester la résistance de tes tympans pour la douzième fois, tu penseras à ma robe dorée. Tu te souviendras de ce "pschitt" libérateur qui ouvrait les portes du paradis. Ce jour-là, tu reviendras vers moi, l’œil hagard et la chemise tachée de régurgitations et je t’accueillerai sans poser de questions. Parce que contrairement à ton futur héritier, moi, je ne réclame jamais que tu me changes à trois heures du matin.
Va, joue au papa modèle. Apprends les comptines. Mais n'oublie jamais : le houblon a la mémoire longue et la soif est une boussole qui ramène toujours au port.
Ta Blonde (qui t'attend de pied ferme).
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