Journée des morts. Journée - remords.

0 62 03 Août 26 Introduction

Et moi, je suis déjà au fameux rond-point Vice-toile. C’est ici que le destin m’a donné rendez-vous (en même temps, vu mon sens de l'orientation, c'est un miracle que je sois arrivé au bon endroit). Mais je suis las depuis ce matin.

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Et moi, je suis déjà au fameux rond-point Vice-toile. C’est ici que le destin m’a donné rendez-vous (en même temps, vu mon sens de l'orientation, c'est un miracle que je sois arrivé au bon endroit). Mais je suis las depuis ce matin.Et moi, je suis déjà au fameux rond-point Vice-toile. C’est ici que le destin m’a donné rendez-vous (en même temps, vu mon sens de l'orientation, c'est un miracle que je sois arrivé au bon endroit). Mais je suis las depuis ce matin. C’est normal, à ce qu’il paraît. Les vivants auront toujours tort face à la Mort. Sauf le Sage, qui doit voir un jour la Mort mourir pour continuer d’avoir raison. Il est né pour ça. Il ne vit que de ça. Mais la raison, aussi belle soit-elle, ne paie pas les factures. D’où mes fractures. Je suis si fracturé que je suis devenu une fracture ambulante. Je suis une déchirure, une sale nourriture condamnée à une pourriture vivante (bref, pas vraiment le premier choix sur le menu du jour).


Journée des morts, journée - remords.


Ebola tue. Ebola continue de tuer. Mais le monde s’en fout. Tant que ce n’est pas en Europe ou en Amérique dans des proportions inquiétantes, c’est comme si ce n’était nulle part. Ça n’existe pas. Ça n’excite pas. Et nous, ces Congolais que nous sommes, nous pouvons crever pendant que le monde entier se contente de regarder la chaîne météo. Déjà plus de 1 000 morts à cause d'Ebola, des millions et des millions d’autres balayés par les guerres, la famine, les atrocités et tout le reste, mais rien ! Pas de reconnaissance officielle, pas d’indépendance non plus. On aura beau crever, Dieu continuera de nous fixer fixement. On aura beau clamecer comme des punaises sous l’effet d'un spray anti-moustiques, les anges du ciel chanteront leur éternel alléluia sans fausser une note ! Même Satan est sur le cul face à l’indifférence du monde à notre égard. Il l’aurait dit à l’Écrivain Maudit lui-même, en personne. Bon, comme c’est le père du mensonge, on prend ses dires sous réserve (on ne va pas non plus accorder une interview exclusive au Diable), mais bon : il n'y a pas de fumée sans feu.


Journée des morts. Journée - remords.


Tendresse infinie à mon père, à qui je dois tout ! Il m’a tout donné. Il m’a fabriqué. Il savait, avant tout le monde, que j’étais un mec spécial (ou alors il était juste le roi du déni). Lui, il disait que j’étais un gamin en or. J’écoutais. Et comme Sara, la femme du père de la foi, je souriais sous cape. Cette foi aveugle qu'il portait sur ma petite personne, je l’ai longtemps considérée comme une véritable pathologie. J’ai même osé penser — parce que quand on pense, on est toujours horriblement seul dans sa tête — : « Et si mes parents étaient juste complètement fous ? Et si c’était eux qui se foutaient de ma gueule depuis le début ? Et si... et si... »

C’est bien plus tard que j’ai appris le dicton : « Avec des "si", on mettrait Paris en bouteille. » Et mon premier réflexe de poète déchus a été : « Pourquoi pas Kinshasa dans un trou du cu… » Avant, c’était « trou du Curé », mais depuis que j’ai compris que l’existence nous enculte tous sans sommation, ce ne sera plus le trou du curé. L’Écrivain Maudit a plus d’un tour dans son sac (et visiblement pas beaucoup de retenue).

En bref : merci, Papa ! Tu as porté mes poids, mes douleurs et mes peines comme le Christ pour que je sois toujours un peu moins triste. Mais aujourd’hui — sinon très bientôt —, je vais encore t’attrister. Cette fois-ci, ce ne sera pas vraiment de ma faute (promis, j'ai lu la notice, mais la vie n'était pas livrée avec le bon mode d'emploi). J’ai tout fait, j’ai tout tenté, mais j’ai magistralement échoué. Pour choisir le chemin de la paix, je vais prendre la route de l’exil et de l’absence. Je sais que même si c’était de ma faute, tu finirais par me comprendre. Je t’aime, Papa. Je t’aimerai toujours.

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Tomokwabini

Tomokwabini ou Christian Gombo ou Le Sage ou L'Ecrivain Maudit ou Monsieur le Juste est un écrivain congolais.

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