Aujourd’hui, le ciel sur moi tombe en trombe comme des bombes sans nombre
Christian raconte, dans un délire poétique entre amour, naissance et destinée, comment un regard, un souvenir et l’héritage de son père ont façonné l’écrivain qu’il est devenu : un enfant né du hasard, porté par l’amour et baptisé de la force d’un clan.
Aujourd’hui, le ciel sur moi tombe en trombe comme des bombes sans nombre. Je rencontre ses yeux dans les couloirs de mon âme. Quand les mots embrassent ses lèvres, c’est pour me dire : « Tu sais Christian, je t’aime ! Je t’aime mal. Je t’aime tellement que je ne peux pas t’aimer avec élégance. Non ! Pas avec élégance. Je t’aime avec tout type de vulgarité. La vulgarité est la chose que nous sommes, humainement parlant. C’est au fond de tout le monde. Même de Dieu. Oui, je t’aime avec ma vulgarité. Et ça me rend toujours vulnérable. »
Sur le coup, les mots se sont évaporés. Nos regards ont fait un beau doigt d’honneur au déplaisir. Des yeux seulement, nous avons fait l’amour. Et c’était suffisant. Oui, c’était suffisant pour qu’elle tombe enceinte.
Et sa grossesse rendait le temps mince, ainsi il filait vite. J’ai revu ma mère qui m’a porté et transporté près de neuf mois dans son ventre. J’évite toujours d’imaginer dans quel contexte et comment on m’a fabriqué. Pour cela seulement, mon père me tuerait. Peut-être pas. Il rougirait certainement, seulement. Après tout, je reste son petit « Kris ». Et je vois comment, vite, vite, j’arrive en cette journée froide du 8 juillet alors que ma mère se lave à la maison de son père. Je suis si pressé de sortir et je sors. Personne pour m’arrêter. Je devrais naître à la même date que mon père. Mais quand j’arrive au monde, mon père n’est pas là. Il fêtait son anniversaire au boulot avec ses amis et collègues. Après, il lui a fallu l’imagination d’Albert Einstein pour me coller le prénom de Christian. Parce que j’étais né à la maison, comme le Christ. Hasard ou destin ? Mais après, mon père s’est dit : « Non, ce petit sera fort et costaud ! Ce petit sera la force du clan. La force de la famille. Oui, ce petit sera plus qu’un petit malin, il sera le plus grand d’entre nous. » Un moment, mais pas très longtemps, il a réfléchi et la décision est tombée. On l’appellera « Tomokwabini ». Tomokwabini, qui signifie tout ce qu’il avait pensé.
Et arrivé en cet instant où mon père décide de me donner le post-nom de Tomokwabini, la femme avec qui nous avons fait l’amour des yeux va finir par avoir des douleurs d’accouchement. Bizarrement, c’est moi, le médecin, qui dois lui sortir l'enfant du ventre. Je me souviens d’avoir protesté que ce n’était ni normal ni éthique, comme pour justifier mon incompétence en la matière. Une voix tombée du ciel m’a demandé de la fermer. Alors, je fermai ma bouche. Je n’aime pas discuter avec des gens sans manières. Et alors que j’aidais la femme à accoucher, coup de poker : en sortant la tête du bébé, c’est ma propre tête que je prends. Et c’est en me réveillant que je vais sortir mon cœur, où je verrai tatoué en lettres d’or : KSA !
Visiblement, je dois arrêter de boire. Ça ne me réussit plus trop. Le fait seulement d’avoir pensé cela, j’ai senti la terre m’ouvrir ses jambes et mon petit kiki intimidé lui a répondu : « Toi aussi, tu ne sais pas que lui, c’est l’Écrivain Maudit ? Il n’est jamais sérieux ! »…
J’ai peut-être évité le pire, hein ! Alors, bon anniversaire à moi et à mon père que j’aime tant. C’est lui qui m’a appris à lire et à écrire. Tout ce que j’ai, je le lui dois.
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