Carnet de lectures : Choix de poèmes de Paul Celan
La poésie de Celan ne laisse pas indifférent. On est d’abord frappé par l’étonnement, l’émerveillement, puis traversé par un frisson. Un frisson qui, à son tour, appelle à la poésie.
J’ai fini de lire cette « anthologie » de Paul Celan.
Je ne l’ai pas lue en un temps record, car j’avais besoin de temps pour m’imprégner de cette noble poésie.
Ce recueil, publié sous le titre original Ausgewählte Gedichte, est une sélection de poèmes réunis par Paul Celan lui-même et comprenant cinq recueils.
C’est une Renverse du souffle qui traverse une Grille de parole avec La Rose de personne, franchissant De seuil en seuil la vallée de l’émerveillement et tirant son origine de Pavot et mémoire.
Aujourd’hui encore, Paul Celan est considéré comme l’un des plus grands poètes de langue allemande.
La poésie de Celan ne laisse pas indifférent. On est d’abord frappé par l’étonnement, l’émerveillement, puis traversé par un frisson. Un frisson qui, à son tour, appelle à la poésie.
C’est d’abord une poésie hermétique, au sens le plus profond du terme. Le poète semble avoir choisi le surréalisme comme arme pour affronter l’absurdité de l’existence et le désespoir d’une quête vouée à l’échec : la quête d’une paix profonde, de l’Idéal.
De Pavot et mémoire à Renverse du souffle, le recueil s’ouvre par le poème « Marianne » et se referme sur « La déchirure du feu chauffé ».
Dans « Marianne », Celan écrit :
«« Ta chevelure est sans lilas, ton beau visage : de miroir.
D’un œil à l’autre œil, le nuage passe, comme Sodome vers Babel… »»
Il faut également souligner que la poésie de Celan ne reste pas cloîtrée dans une « forme » définie et figée. Celan est un poète libre. Il passe aisément d’une forme à une autre. On le voit ici faire usage de la ponctuation et, là-bas, la rejeter complètement. Ici, il fait usage des majuscules ; là-bas, il préfère ne pas en faire usage. Certains poèmes sont titrés, tandis que d’autres n’ont pour titre que le premier vers ou le premier mot.
Mais, bien que le recueil contienne quelques longs poèmes, on sent et on voit clairement que Paul Celan est un adepte d’une poésie dépouillée, presque minimaliste. Cela est particulièrement perceptible dans le dernier recueil de cette compilation : Renverse du souffle.
La musique… oui, la musique… Celan est un musicien. On le sent dans les répétitions, la cadence et le rythme, qu’il manie avec tant d’adresse. Ses mots semblent parfois moins chercher à être compris qu’à être entendus, ressentis, traversés.
Les poèmes qui m’ont le plus touché
Dans Pavot et mémoire :
- « Tard et profondément » (Spät und tief)
- « Fugue de mort » (Todesfuge)
- « Éloge du lointain » (Lob der Ferne)
- « Je suis seul » (Ich bin allein)
Dans De seuil en seuil :
- « J’ai entendu dire » (Ich hörte sagen)
- « Lointains » (Fernen)
- « Devant une bougie » (Vor einer Kerze)
Dans Grille de parole :
- « Tenebrae » (Tenebrae)
- « Lit de neige » (Schneebett)
- « Strette » (Engführung)
Dans La Rose de personne :
- « Tant d’astres » (So viel Gestirne)
- « Psaume » (Psalm)
Dans Renverse du souffle :
- « Paysage » (Landschaft)
- « Attaque de violoncelle » (Cello-Einsatz)
NB : cette liste est loin d’être exhaustive.
Extrait
« Fugue de mort » (Todesfuge)
«Lait noir du petit jour nous le buvons le soir
nous le buvons midi et matin nous le buvons la nuit
nous buvons et buvons
nous creusons une tombe dans les airs on y couche à son aise
Un homme habite la maison qui joue avec les serpents qui écrit
qui écrit quand il fait sombre sur l’Allemagne tes cheveux d’or Margarete
il écrit cela et va à sa porte et les étoiles fulminent il siffle pour appeler ses chiens
il siffle pour rappeler ses Juifs et fait creuser une tombe dans la terre
il nous ordonne jouez maintenant qu’on y danse
Lait noir du petit jour nous te buvons la nuit
nous te buvons midi et matin nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
Un homme habite la maison qui joue avec les serpents qui écrit
qui écrit quand il fait sombre sur l’Allemagne tes cheveux d’or Margarete
Tes cheveux de cendre Sulamith nous creusons une tombe dans les airs on y couche à son aise
Il crie creusez plus profond la terre vous les uns et les autres chantez et jouez
il saisit le fer à sa ceinture il le brandit ses yeux sont bleus
creusez plus profond les bêches vous les uns et les autres jouez encore qu’on y danse
[...]»
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