Carnet de Lecture : Canard au sang
Roman satirique et poétique, Canard au sang de Robert Sabatier raconte l’errance d’Henri Rocroy, vieil homme solitaire à Paris, confronté à la mort, à l’amour tardif, aux rêves dangereux de la jeunesse et à la fragilité humaine dans l’après-guerre.
« L’histoire de toute la folie humaine »
Pendant que certains rêvent de gloire, d’autres sont hantés par une solitude qui les pousse à la dérive.
Canard au sang est un roman de Robert Sabatier, paru en 1958 chez Albin Michel (première édition).
On y suit la vie du personnage principal, Henri Rocroy, un vieil homme barbu, philosophe et professeur de gymnastique, qui passe le plus clair de son temps à déambuler dans les rues de Paris, à parler aux statues et à relire les grands auteurs.
L’histoire commence par une scène où le professeur Rocroy tombe sur des bidons de lait appartenant à sa voisine et en lèche une bonne quantité.
Plus tard, on apprend la mort tragique de cette voisine, et le professeur Rocroy se voit contraint de veiller sur Beppo, l’enfant de la défunte, en attendant l’arrivée de sa tante.
Peu de temps après cet événement, le professeur Rocroy fait la rencontre d’un groupe de jeunes rêvant du Canard au sang (symbole de la gloire et du succès absolus ) qui tentent de mettre en place une stratégie périlleuse pour atteindre leur but.
Rocroy se donne alors pour mission de sauver ces jeunes de ce plan suicidaire.
Pendant ce temps, la rencontre du professeur Rocroy avec la tante de Beppo éveille en lui des sentiments longtemps refoulés, marquant le début d’une agitation émotionnelle profonde.
La cohabitation avec sa nouvelle voisine devient tourbillonnante, tandis que sa mission de sauver le groupe de jeunes hommes semble de plus en plus impossible.
C’est sur un ton à la fois satirique et poétique que Rocroy peint, avec réalisme, la vie parisienne d’après-guerre : la solitude d’un vieil homme, les rêves de gloire de la jeunesse, et le destin d’un enfant privé de l’amour et de la protection maternels.
Extrait :
Dans sa bibliothèque, il s’assit en tailleur, parmi les livres, prit un encrier monumental et tendit la main vers un cahier d’écolier. Sur la couverture, il avait écrit soigneusement : « Ce cahier appartient à Henri Rocroy ; si vous le trouvez, gardez-le. » Il trempa sa plume sergent-major dans l’encre violette au fond pâteux, et regarda la première tache s’écraser sur la page blanche. Il l’orna de traits pour la déguiser en soleil noir, puis commença à écrire d’un tracé rapide : « Je m’appelle Rocroy. Habituellement, dans la conversation courante, je ne m’exprime jamais à la première personne ; je dis toujours “il” en parlant de moi. Premier exemple : “Le Rocroy, il a soif !” Bien sûr, je pourrais dire : “J’ai soif !” mais cela me dégoûterait énormément, parce que j’aurais l’air de faire des confidences. »
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