Chinua Achebe – Tout s'effondre, lecture de Stéphane Kabamba
Tout s'effondre de Chinua Achebe raconte la lutte d'Okonkwo, un homme fier et traditionnel, contre les changements imposés par la colonisation européenne et la montée du christianisme, symbolisant la perte des valeurs culturelles et la dévastation de la société africaine.

« L’homme blanc est très intelligent. Il est venu tranquillement et pacifiquement avec sa religion. Nous avons été amusés par sa bêtise et l’avons autorisé à rester. Maintenant, il a gagné nos frères et notre clan ne peut plus se comporter comme tel. Il a mis un couteau dans les choses qui nous unissaient et nous nous sommes effondrés. »
Ce roman Tout s’effondre de l’écrivain nigérian Chinua Achebe sur le protagoniste Okonkwo, qui lutte contre ses démons intérieurs et les changements qui accompagnent la colonisation de sa mère patrie, est le roman que j’ai lu et qui m’a profondément touché. Chinua Achebe centre son roman sur les changements qui deviennent apparents dans une civilisation africaine, après que les envahisseurs chrétiens européens ont restructuré cette société.
Le roman met l’accent sur la perte des coutumes, des rituels et de la fierté culturelle des peuples autochtones, qui sont à leur tour remplacés par des systèmes de valeurs, des idées et des traditions européennes. L’auteur raconte l’histoire en utilisant un narrateur omniscient à la troisième personne, qui se concentre sur Okonkwo, mais passe néanmoins à divers autres personnages afin de décrire leurs motivations et leurs pensées. Avec son ton ironique mais tragique, il fait en sorte que le lecteur ressente la compassion des personnages et de leurs destins luttant entre tradition et changement.
L’intrigue commence dans la ville nigériane fictive précoloniale d’Umuofia vers les années 1890, où le personnage, Okonkwo, est un héros local et une star de la lutte. Comme le roman est écrit en trois parties, la première partie raconte la vie de la famille des protagonistes pendant l’ère précoloniale. Les parties suivantes décrivent les développements après l’arrivée des colons européens et des missionnaires chrétiens et les conséquences de leurs actions.
Le roman, hautement symbolique, utilise l’image des sauterelles qui s’abattent sur le continent africain pour préfigurer l’impact de la colonisation sur la communauté d’Umuofia, qui sert d’exemple à de nombreuses autres communautés colonisées.
« Au début, un essaim assez petit est arrivé. C’étaient des avant-coureurs envoyés pour arpenter le pays. Puis est apparue à l’horizon une masse se déplaçant lentement comme une nappe infinie de nuages noirs dérivant vers Umuofia. […] Et enfin les sauterelles sont descendues. Elles se sont posées sur chaque arbre et sur chaque brin d’herbe ; elles se sont posées sur les toits et ont recouvert le sol nu. De puissantes branches d’arbres se sont brisées sous elles, et tout le pays a pris la couleur de la terre brune de l’essaim immense et affamé. »
Okonkwo est d’abord dépeint comme un membre fort, fier et respecté de sa société. Il essaie de sortir de l’ombre de la mauvaise réputation de son père Unoka, un perdant, qui était endetté et qui n’a pas su gérer sa famille. Okonkwo tente à son tour d’être l’opposé de son père, en dirigeant sa famille d’une main de fer dans le but d’apparaître comme l’incarnation de la masculinité.
En tant que gardien d'Ikemefuna, ce garçon qui a été échangé en guise d’offrande de paix d’un autre clan à Umuofia, Okonkwo semble être au sommet de son pouvoir. Cependant, une terrible décision ultérieurement marque le début de sa chute.
Au plus bas, Okonkwo a la possibilité de se racheter aux yeux de son clan et de redevenir un élément précieux de sa communauté. Cependant, cela nécessite qu’Okonkwo accepte le changement qui approche sans relâche. Comme toute sa valeur personnelle dépend des normes sociales dans lesquelles il a été élevé, ignorer ces valeurs lui semble être l’équivalent d’une faiblesse. L’incapacité à s’adapter aux nouvelles manières imposées à son clan par les Européens est donc le sceau de son destin dévastateur.
À la fin du roman, j’ai été particulièrement frappé par un passage qui relate les réflexions d’un commissaire de district à propos de la mention de l’histoire d’Okonkwo dans son livre prévu : La pacification des tribus primitives du Bas-Niger.
« On pourrait presque écrire un chapitre entier sur lui. Peut-être pas un chapitre entier, mais un paragraphe raisonnable, en tout cas. »
Une vie dynamique et complexe, remplie de relations multiformes et d’événements difficiles, est considérée comme réduite à un simple « paragraphe ». Cette déclaration est une métaphore du manque de respect et du mépris des colons envers les peuples africains et leurs descendants, dont ils ont eu un impact irréversible sur la vie.
Powered by Froala Editor